110 ans de la boulangerie Grégoire
Verlaine, le 11 avril 2010.
Pains d’hier, artisans d’aujourd’hui…
Le pain au quotidien. La boulangerie Grégoire vit ce rythme à Verlaine depuis 110 ans et quatre générations. Une tradition familiale en évolution.
Les charrettes à cheval laissent place aux chevaux vapeur depuis 1961 sur les chemins de Hesbaye. Les évolutions technologiques se succèdent, de génération en génération. Les pétrins mécaniques détrônent les mains de l’homme. Le mazout supplante le charbon pour chauffer les fours... L’enseigne du café-restaurant-boulanger-boulanger-négociant Grégoire - Gheury fondée en 1900 se modernise en un magasin design et fonctionnel. Le commerce s’ouvre le dimanche matin, comme en 1900, à l’époque des sœurs du fondateur. Depuis Jean Grégoire, père de Joseph, grand-père de Jean et arrière-grand-père de Hughes et Renaud, jusqu’au 21e siècle, la tradition familiale et artisanale se perpétue. D’évolutions en révolutions, la production se diversifie. Et les « tournées » se poursuivent pour livrer le pain quotidien…
Indispensable voire unique aliment à la fin du 19e, le pain subsiste. Il se fait plus varié, multiplie ses formes et offre de nouveaux composants céréaliers. Les viennoiseries font partie des petits déjeuners. Les pâtisseries garnissent le comptoir réfrigéré... Les mutations suivent « les demandes d’une clientèle de plus en plus exigeante ».
Quatrième, cinquième générations…
Les tournées vers Horion-Hozémont et Haneffe, débutées en 1920 s’étendent vers St Georges, Limont, Les Cahottes ou encore Jeneffe. Joseph succède à Jean. Et Jean (petit-fils) succède à Joseph ! Il a écrit les pages de l’ère moderne de la boulangerie-pâtisserie. Ses fils ont pris la relève. Ilan et Mai-Ly, les enfants d’Hughes et de Thao laissent présager de la pérennité de la tradition…
Les destins des fils de Jean sont liés à celui de la maison Grégoire. Boulanger, pâtissier, glacier, Hughes s’inscrit dans la lignée ; il assure le travail en atelier et compose les pâtisseries. Le parcours de Renaud, qui a rejoint son frère dans l’entreprise est plus atypique. Photographe à Bruxelles, il est revenu au village pour assurer la gestion administrative…et fabriquer la glace !
Jean, retraité ne peut se passer de venir dans les ateliers pour établir les horaires de travail. Il évoque les souvenirs. « Quand on voit les photos de remises à domicile, on est passé d’un extrême à l’autre. De la charrette de mon grand-père aux camionnettes. Même si aujourd’hui, on diminue les remises à domicile ». Un « service » qui ne s’avère plus rentable…
La révolution technologique ne remplacera jamais l’artisan, l’amour d’un métier qui impose ses contraintes horaires et physiques… Un métier au quotidien ! Un métier de tradition…
Gâteaux de tradition
Pains, croissanterie, viennoiseries, gâteaux variés… La palette gourmande s’inscrit dans la tradition mais s’étend également en fonction de l’évolution des goûts de la clientèle. Les pains sont plus variés. Formes, textures, nuances de gris, multi-céréales… là aussi l’évolution se ressent en fonction de la demande d’une nouvelle clientèle, des nouveaux habitants. Le développement de l’entité de Verlaine, mais aussi des autres villages environnants induit cette adaptation à des clients qui sont habitués à d’autres produits, en ville. Il est loin le temps où les ménagères, en période de fête, venaient cuire leurs tartes le vendredi, dans les fours de la boulangerie. Pour retourner parfois avec celle de la voisine, plus belle ! La tarte évidemment… !
« Nous innovons insiste Hughes, mais les gens reviennent souvent à la crème au beurre. Nous restons dans le classique, avec une touche de modernité. Mais les goûts ne changent pas autant que l’on pourrait le croire »... Pour les glaces ? « C’est vanille, chocolat, fraise et framboise » souligne Renaud, le glacier ! Mais il fait aussi speculoos… et d’autres parfums sur commande !
Les spécialités maisons sont elles toujours là ! Le croquet (au sucre croquant) n’est plus guère fabriqué ailleurs dans la région. Le spéculoos maison, « le pistolet au lait, le gâteau-ménage et la tarte au riz toujours appréciée » souligne Jean. Des innovations Hughes ? « Les cakes de Renaud, les macarons pour suivre la demande et la mode »… Les quiches aussi pour compléter l’alléchant comptoir gourmand qui s’accompagne encore parfois des décors en sucre réalisés par Hughes.
Figures de 110 ans…
Quand Jean Grégoire termine son apprentissage dans une boulangerie de Stockay avant de s’installer à Donceel, le village d’origine de la famille, et d’ouvrir ensuite l’enseigne de la rue de l’Eglise à Verlaine en 1900, il ne se doute pas de la tradition qui s’installe. Pour u siècle et plus aujourd’hui… Les générations se succèdent. Jean, le petit-fils, a connu les charrettes à chevaux de son grand-père et de son père. D’autres comme Octave Rigo (42 ans chauffeur-livreur), aujourd’hui disparu, aussi ! Il a été le dernier à faire la tournée en charrette, alors que les premières camionnettes circulaient déjà ! Octave Georges Rigo (plus de 40 ans de boulangerie). Laurent Renson, Maurice Franck, Henry Franckart… Et François Martigni (45 ans d’ateliers), qui venait de Sur-les-Bois, à bicyclette, à toute heure et par tous les temps… Des figures qui traversent le temps et marquent l’histoire de la boulangerie. Jean Grégoire, retraité, est depuis 35 ans le président de la Royale Union Professionnelle des boulangers-pâtissiers-glaciers-chocolatiers de Huy-Hannut et environs. Avec Renaud et Hughes, les générations se suivent ! Thao, l’épouse vietnamienne d’Hughes a rejoint la famille en 2003-2004. Et si Suzanne, la maman est moins présente (retraitée, quoique…) derrière le comptoir, Thao prend la relève… « avec le sourire et le sens de l’accueil asiatiques, tout en gentillesse et en politesse » soulignent en commun Hughes et son papa. Ilan (2 ans) et Mai-Ly (5 ans) sont les héritiers de la tradition familiale… pour le prochain siècle
100 ans et 110 ans…
Le somptueux buffet du petit déjeuner du centenaire reste un souvenir. Une vraie fête de village, conviviale, dans les salles des Thuyas et sous le chapiteau géant monté en urgence.
Pour les 110 ans, les invitations ont été lancées. Un millier de convives vont partager ce petit déjeuner, à la ferme de Hepsée. Au menu : les spécialités maison en dégustation, mais aussi pains, confitures, jambon… et omelette (on a prévu plus de 1000 œufs !)… accompagnés de café, jus d’orange, chocolat (du vrai) chaud… Mais c’est déjà complet ! Dimanche matin, pour goûter aux produits centenaires… et frais, il faudra aller au magasin de la rue de l’église, ouverte depuis 1900. Seule l’enseigne et le comptoir ont changé. Le personnel aussi…
Un petit déj’ de 110 ans
Pour célébrer son anniversaire, la boulangerie Grégoire a mis les petits pains dans les grands buffets. Avec 1100 invités pour fêter cinq générations…
Depuis 110 ans, petits pains, croissants, pains au chocolat, baguettes, cramiques, tartelettes, brioches… et autres spécialités maison figurent au menu des petits déjeuners des clients de la boulangerie. Les cinq générations de la famille Grégoire ont célébré leur jubilé entouré de quelques 1100 clients, amis, fournisseurs, collègues, anciens de la maison, personnel… Un copieux buffet ouvert dès 7h30 à la ferme de Hepsée ! Pour accueillir les « lève-tôt » amateurs de croissanterie, viennoiserie, cakes gourmands au chocolat, assortiment de pains mais surtout d’un petit déjeuner dans la convivialité des rencontres et des retrouvailles. Les anciens clients évoquent les souvenirs de tournées, les anecdotes ! Jean Grégoire et Suzanne personnalisent l’accueil ! Renaud, le fils, supervise l’intendance. Son frère Hughes reste à l’atelier. Après les premières livraisons matutinales, il est retourné à la boulangerie pour reprendre des cuissons, d’autant que le magasin est ouvert... Plus de 700 pains au chocolat et 600 croissants garnissent le buffet, entre jambons, fromages, yaourts, jus d’orange, café et fruits frais. Les œufs brouillés s’ajoutent au menu, et certains ne sont venus que pour ça ! Pour le plaisir des papilles, pour les fans de petits déjeuners gourmands. À 7h25, les premiers s’installent déjà, au calme. Les joueurs des équipes réserves du RCS Verlaine (club dont Jean Grégoire a été président) préparent leurs matchs de la matinée et leur emboîtent le… buffet ! Survient le coup de feu ! Il est 9h30. La file s’allonge à l’extérieur de la salle, les deux buffets suivent ! Le service, assuré tant par la famille et les amis que par le personnel de la salle, montre toute son efficacité ! Les plateaux et paniers sont rechargés ! La vaisselle emmenée (on a même vu une bourgmestre faire la vaisselle) ! La cuisine suit le rythme et les omelettes se font en cassant… plus de 1000 œufs !
L’anniversaire devient fête d’une grande famille ! Une reconnaissance des clients de toutes les communes desservies par les tournées de la boulangerie. Une reconnaissance qui souligne l’importance primordiale des commerces de proximité dans les villages ! Ceux qui constituent la vie des villages, leur âme. Parfois de génération en génération… depuis 110 ans…
Réactions
Alfred Timmermans - Verlaine - Ancien Client
Souvenirs des tournées en 1930. « Mes parents habitaient Horion. Nous étions 8 enfants et le boulanger nous apportait une manne de six pains deux fois par semaine. Au Nouvel-An, il m’a donné une manne en disant que c’était un cadeau. Je n’ai jamais oublié ; j’avais 5 ans».
Frédéric Rossillong - Amay - Premier boulanger
Il est arrivé l’année du centenaire et fête ses 10 ans à la boulangerie. « Faire la fête, une bonne initiative. Pour satisfaire aussi la clientèle et la garder. Parce que le travail a diminué, malgré le nouveau magasin. Je pense que les gens se fournissent beaucoup plus en grande surface ».
Jean Grégoire - Verlaine - Petit-fils du fondateur
Médaillé Chevalier de l’Ordre de la Couronne de Léopold II. « C’est toujours une grande reconnaissance, une sympathie de la part de tous. Y compris des clients que je ne vois plus parce que je ne fais plus les tournées. Tous sont contents de l’invitation et des buffets